Un text de Frédéric Brahami sobre l’ensenyament universitari de la filosofia a França

Com s’ensenya la filosofia a la universitat?

Aquesta és, em temo, una qüestió poc explorada. Tanmateix, la manera com ensenyem la filosofia no és neutra i té un efecte directe en les concepcions que els alumnes es fan de la filosofia i d’allò que la defineix. A cada pedagogia correspon, per dir-ho així, una epistemologia, una manera d’entendre, construir i transmetre l’objecte que s’ensenya -en siguin o no conscients els docents.

En aquest text, Frédéric Brahami descriu l’ensenyament de la filosofia que va rebre als anys 80.

“Dans les années 1980, l’enseignement de la philosophie en France avait encore pratiquement pour seul objet l’histoire de la philosophie. On tâchait d’incorporer la pensée des grands auteurs du passé, et si on lisait Arendt et Levinas, Foucault et Deleuze, il n’était pas question de les citer comme on citait Hegel ou Spinoza. Quant à la philosophie générale, reposant sur l’analyse de notions qu’il s’agissait de hisser à la majesté du concept, elle reposait elle aussi sur l’histoire de la philosophie – il était hors de question de composer une dissertation «sans références». Puissamment formatrice, l’histoire de la philosophie « à la française » se concentrait avec une attention scrupuleuse sur les détails les plus infimes de textes dont il s’agissait de voir comment ils confirmaient la systématicité parfaite de l’auteur. École de rigueur parce qu’école de modestie, cette histoire exigeait qu’on traite le philosophe comme le souverain tout-puissant de son œuvre, toutes les aspérités devant (en principe) pouvoir être lissées par une analyse plus attentive.

Les vertus de cette pédagogie sont précieuses, mais elle n’est pas sans défauts – le plus grave étant probablement son indifférence à peu près absolue au contexte non seulement politique et social mais encore culturel. Il ne venait à l’esprit de personne de préciser dans quel monde vivaient Descartes ou Rousseau. Trop noble pour subir une telle réduction contextualiste, l’histoire de la philosophie obéissait donc à ses normes propres, qui requéraient l’emploi d’une méthode spécifique de commentaire dont l’effet paradoxal était d’obscurcir la relation d’un auteur aux autres à mesure que la systématicité de sa pensée se voyait mise en lumière. On s’imprégnait de la tradition des grands maîtres plutôt qu’on explorait une véritable histoire. Il s’agissait au fond presque d’une glose. Certes, on savait bien qu’un rapport profond liait Spinoza à Descartes ou Rousseau à Hobbes, que les uns avaient lu les autres mais, ne sachant trop que faire des ressemblances toujours trompeuses, on creusait les différences, et on n’avait que mépris pour l’idée réputée magique d’influence ou, pire encore, de «climat» d’une époque.

Cette manière de se rapporter à la tradition nourrissait, en même temps qu’elle la supposait, la constitution d’un canon légitime, dont le critère était la cohérence interne. Plus l’auteur était systématique, fermé sur son propre dispositif conceptuel, plus haut il était placé. Il aurait été indécent, parce que naïvement scientiste, de se demander si le philosophe disait vrai ou faux; il s’agissait seulement de le comprendre, c’est-à-dire avant tout de comprendre la perfection interne de son système. Neutralité axiologique doublée comme il se doit d’une valorisation d’autant plus forte qu’elle était subreptice: le XVII siècle rationaliste (Descartes, Spinoza, Malebranche et Leibniz) surpassait infiniment les empiristes, qui n’existaient qu’à peine, et seulement comme faire-valoir des premiers.”

(Prefaci al llibre de Richard Popkin, Histoire du scepticisme. De la fin du Moyen Âge à l’aube du XIX siècle)

La lectura d’aquest text es pot completar amb les següents entrades:

Pierre Bourdieu i Jacques Bouveresse també tenen reflexions interessants al respecte. Jean-Louis Fabiani i Louis Pinto tenen treballs interessants sobre sociologia de la filosofia. Per exemple, aquest: Qu’est-ce qu’un philosophe français ?

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